La dernière femme sur Terre.

Ce matin là, la dernière femme sur Terre se réveilla…

J+2

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Voila : je vais commencer ma seconde journée d’unique survivante de l’humanité. J’ai passé une nuit étonnement paisible compte tenu de la situation. Je me souviens d’être sortie de la capsule de protection, il y a deux jours, et constatant que la planète entière était devenu un désert de feu aux pluies acides, ou, tel un îlot, subsiste ce petit coin forestier qui, désormais, me sert de demeure, protégé par un dôme impénétrable au rayonnement fatal qui bombarde la Terre, et où subsistent les derniers représentants du règne animal et végétale. Inutile de chercher un survivant dans le dehors, le chaos y rendant toute survie impossible. Inutile également de chercher une trace humaine dans ce lieu, la capsule où je logeai étant unique. Le dernier humain sur la planète est donc une femme. Nul besoin de vêtements, les derniers représentants de l’Ère textile étant fondus par l’acide, je dois désormais vivre dans ma tenue de nouveau né que j’arborai lors de ma sortie du colon métallique qui me servait de protection. Pour survivre, il me faudra me substanter des restes d’animaux morts que les charognards auront épargné, ainsi que de fruits que les vers m’auront laissé. Quitte à me nourrir de mes propres déjections, je survivrai ! Le calme qui entoure cet endroit qui fut, en un temps jadis, le domaine De Chalussay avant de n’être racheté par la Romtec, un temps propriété de la spécialiste en occulte, Virginie Vestale, avant qu’elle ne découvre que l’endroit était lié à un culte millénaire dédié à la divinité Unis, et que le lieu possédait une connotation maudite, possède une aura intimidante. Malgré le coté apaisé de la nuit, j’ai cru sentir des regards dans le noir, qui me fixaient de manière inquisitrice, comme pour juger une présence indésirable, rescapée d’une espèce jugée nocive. J’ai cru sentir un doigt dans l’cul. Après m’être ressaisie, j’ai perçue dans mon corps et mon âme un sentiment de survie qui, malgré la situation inéluctable ou je me trouve, sachant qu’à ma mort, nul humain ne foulera plus le sol de ce qui fut un monde grouillant de vie, me procure un bien être désarmant. Me voici telle une Eve dépourvue d’Adam, l’unique souvenir d’un temps où une espèce homo-sapiens acquis une connaissance qui la poussera dans une évolution qui se soldera par une régression.

J+5

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Cela fait déjà cinq jours que je suis survivante, errant dans la seule parcelle de vie qui subsiste sur ce qui fut un jour une planète nommée Terre, dans une nudité auquelle je me suis rapidement accoutumée. Me voici tel Robinson Crusoé avant le Vendredi. On dit que beaucoup de gens ayant vécus dans la solitude pendant des années, voir leur vie entière, se sont mises à délirer, faute de personne à qui se confier, de présence à qui parler. Celles-ci finissant par se déconnecter de la réalité, à avoir des hallucinations. Hallucinant ! Je me souviens d’un film avec Tom Hanks où celui-ci se met à parler à un ballon, isolé sur son île, afin de tromper sa solitude et ne pas sombrer dans la folie. Peut être devrais-je faire de même en me trouvant un confident imaginaire. Peut être que je devrais faire du tronc d’arbre sur lequel je suis assise, faisant ma toilette du matin, ce tronc d’arbre servant de passerelle entre la berge et l’étang, couché sur le sol, faisant le lien entre l’eau et la terre, mon confident ? Oui, je vais faire de ce tronc le fusible entre la lucidité et la folie. Tu es d’accord, tronc ? Plutôt que de t’appeler cruement tronc, je vais te donner un nom. Je vais t’appeler Neville, vu que tu es une légende dans mon âme, la légende de mon être censé. Tu acceptes d’être mon confident, Neville ? Merci, je savais que je pouvais compter sur toi. Vu que je vais passer mon existence à tes cotés autant avoir de bonnes relations, devenir amis, voir plus si infinité. Dire que le château qui juxtaposait cette foret est devenu un amas de poussière, à l’image de ce qui se trouve à l’extérieur de ce dôme protecteur, alors que j’aurai pu y trouver un réconfort auprès de vestiges de l’humanité. Pour mon salut psychique, mieux vaut éviter de m’approcher des abords du dôme protecteur et de voir la poussière extérieure, reste d’un monde révolu. Pour tromper mon ennui, je vais, à partir de feuilles d’arbres divers, voir de morceaux de bois, et cela en utilisant du sang d’animaux morts en guise d’encre, résumer ce que fut l’humanité, son histoire, ses joies, ses peines, afin de maintenir son souvenir. La folie humaine a voulu qu’elle numérise toute sa mémoire, que ce soit livres, photographies, films et autres, sur des serveurs informatiques, lesquels ont fondus lors de la catastrophe, effaçant du même coup toutes les traces de la civilisation, son existence même. Alors, que quelques livres, photos, quelques souvenirs contenus dans un caisson hermétique, à l’image du cocon qui m’a maintenu en vie, auraient laissé une trace d’un passé que j’aurai pu consulter, trompant une mélancolie qui pourrait m’être fatale. Quoi, Neville ? Oui, tu as raison de me rappeler que je dois rester un minimum positive, optimiste, alors que la situation est insurmontable. Tu es un vrai ami, qui me rassure alors qu’il me semble entendre des chuchotements qui murmurent autour de moi. A moins qu’il ne s’agisse de bruissements d’ailes d’insectes divers. Et si cela ne suffit pas pour m’occuper l’esprit, je m’arrache les poils des aisselles au fur et à mesure que j’en vois un qui pousse.

 J+10

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Finalement, je me suis faite à ce nouveau monde, faisant la loi dans ce vestige vertigineux où je me retrouve, faisant régner l’ordre parmi les animaux telle Sheena dans sa jungle, suscitant la surprise parmi le peuple de cette faune se demandant qui peut bien être cette étrange fille se baladant les poils pubiens à l’air. Hier, j’ai soulagé un pauvre petit faon qui venait de perdre sa maman, ayant besoin de rassurance, avant de ne collecter un peu de chair sur le cadavre encore fumant de sa pauvre défunte de mère, afin de me sustenter, ainsi que de sang encore frais, collecté dans une ancienne poche gastrique, issue d’un mouton décédé, afin de pouvoir continuer ma rédaction, à titre personnelle, des mémoires de l’humanité. J’en suis à une dizaine de pages, bien que la mémoire me joue des tours et que je crois que je réécris l’histoire plus que je ne la perpétue. J’en ai confondu Gandhi et Hitler, faisant du premier un dictateur en pensant au second. Neville, après un moment torride, m’a fait remarquer que mon esprit avait tendance à m’échapper. Ce matin, alors que je prenais mon bain devant son regard voyeur, j’ai eu la chair de poule en entendant comme un bruit de pas dans le lointain, Neville me rassurant en me disant que ce n’était que le vent et que le bruit n’était que le bruissement des feuilles sur les arbres alentours. Neville dit que mes sens se développent, libérés du conditionnement de la vie urbano-hystérique de la société moderne, et que mon surplus de libido et mon hyper sensibilité environnementale n’est qu’une résultante de mon retour forcé à la nature. La sensation d’observance viendrait aussi du choc psychologique provenant de ma seconde naissance en un ordre nouveau où ma place de dernière femme traumatisa mon inconscient bien que mon conscient n’ose voir cette vérité en face. Neville craint toujours pour ma stabilité mentale, bien que je l’ai rassuré en disant que le petit lapin blanc que j’ai sauvé de la noyade dernièrement me considère comme la plus stable personne qu’il ait rencontré à ce jour. J’ai d’ailleurs récupéré une carotte que j’ai offerte à toutes mes lèvres. Un grand moment intimiste de bonheur ! Les deux petits poussins qui regardaient n’en crurent point leurs yeux. Cela me fait penser que j’ai récupéré, sur ce nid déserté par une ingrate de mère, deux œufs que je dois couver, après, toute fois, que j’ai pondu les miens, car je crois que je suis tombée enceinte de Neville… A moins, que ce ne soit une grossesse nerveuse due à ma condition féminine.

 J+13

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Tu n’as pas fini de me regarder ? Oui, je te parle, toi qui m’observes tout les matins alors que je fais ma toilette nichée sur mon tronc de mari. Ne nies pas, je t’ai remarqué, ne dis pas le contraire. Tu as beau me ressembler comme deux gouttes d’eau, tu me les brises menu à toujours me regarder fixement et cela tout les jours. Tu pourrais sortir de l’eau quand je te parle. Quoi ? Que dis tu, Neville ? Que ce n’est que mon reflet dans l’eau à qui je parle ? Je te signale, Neville, que tu n’es qu’un tronc ! Tu n’es qu’un tronc ! Et toi, là, le soit disant « reflet », tu vas arrêter de toujours m’observer quand je parles. Tu crois que je n’ai pas remarqué ton petit cirque et que je ne me suis pas aperçue que tu regardais par dessus mon épaule lorsque je satisfais mes besoins naturels ? Ne nies plus, je t’ai remarqué qui me suit sous une forme noire, rampant sur le sol en pensant que je ne te vois pas. Quoi encore, Neville ? Tu dis que la forme n’est que mon ombre que je prend pour une forme humaine. Tu cherches le divorce où quoi, Neville ? Tu n’arrête pas de me contredire en ce moment ! Tu veux quoi, que je te quitte ? Ne réponds pas, je peux refaire ma vie avec n’importe quel arbre, il y en a de plus jeune et plus robuste dans les bois. Oui, Neville, tu es vieux et pourri, comme l’arbre mort que tu es. Et pour la vie intime ? N’importe quelle branche peut faire l’affaire, du moment que je lubrifie suffisamment. Et toi, la forme qui me regardes de dessous de l’eau, ne te moques point de moi, dégages. Quoi, Neville ? Tu me répètes que c’est à mon reflet que je parle. Prends moi pour une folle ! Voila, tu l’as mérité, je te quitte, je romps avec toi. Et de toute façon, ce n’est pas elle le reflet, mais moi qui suis son reflet. Qu’elle dégage cette pouffe. Je lui pisse à la raie. Déjà que la présence qui m’observe dans l’obscurité se fait de plus en plus précise. Non, Neville, ce n’est pas les sons de la nuit, ni le bruit des moteurs du mécanisme sous-terrain fermé hermétiquement qui gère le dôme et le micro-climat qui m’entoure. Et puis, crotte, tu me fais chier comme lors d’une chiasse à courante, digne d’une gastro mal soignée. Ne chiale pas, Neville, c’est fini entre nous, tu ne m’emmerderas plus. Et toi, le « reflet », ne t’avises pas de me suivre sous ta forme d’ombre, où je vais te piétiner comme la merde que tu es. Crottin, mais c’est qu’elle insiste, je n’ai pas fait dix pas qu’elle est déjà là, sur le sol, à m’espionner. Tu me broutes, la gouine, tu veux quoi, que je te torche. Va te branler ailleurs. Fiche le camp ! Casse-toi pauv’conne !!!

 J+20

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L’obscurité revient me hanter comme chaque fin de jour, suscitant des angoisses de plus en plus présentes dans ma personne, me glaçant d’effroi à l’idée de fréquenter les ombres qui m’apparaissent chaque nuit. Je les entend discourir dans ma tête, conversant entre eux sans me prêter attention. Le son ne provient pas du sol, où se trouve le mécanisme gérant le dôme, mais bien de mon alentour. L’angoisse me donne des sueurs couplées à de la chair de poule, rien que de penser que le mécanisme doit cesser ses fonctions dés qu’il aura perçu l’absence de vie dans le présent dôme, cessant sa mission de protection pour une vie devenue futile, inutile comme ma mission absurde de consigner par écrit le passé de ce qui fut mon monde. Qui va pouvoir lire ce récit lorsque ma mort surviendra vu que suis l’unique représentante de ma race et que la faune et la flore risquent de m’accompagner dans le néant et ne pourront, de toute manière entretenir ma mémoire ? La vue de cette Lune fendue en deux me remplit d’une pulsion dépressive accentuée par cette présence, des formes noires qui me frôlent dans les périodes nocturnes, me plongeant dans une insomnie pleine de démence, sentant le poids de la Chose qui me hante. Elle survient dans mon absence de sommeil, m’observant, paralysant mon corps, l’engourdissant, avant de s’approcher de mon ventre et de s’asseoir dessus, m’étouffant la poitrine en exerçant une pression sur le torse, comprimant mes seins, avant de ne disparaître en un sifflement ressemblant à un bruit de fraise de dentiste, du liquide sortant de mon pubis comme une petite fille incapable de contrôler sa vessie. Je ne supporte plus cette nuit qui revient sans cesse, comme je ne supporte plus ces voix qui me négligent, parlant sans me prendre en considération, me considérant comme un détritus qu’il faut éviter. Dans ma condition de déviance, ils ne daignent même pas me considérer comme une Jeanne d’Arc, semblant me traiter comme une simple déjection qui a eu la chance d’exister par un accident cosmique avant de ne disparaître dans la cuvette dans une indifférence totale, n’étant plus qu’une poussière sur une planète stérile qui fut la sienne et qui devint aussi aride que sa prédécesseur martienne. La nuit me tuera…

 J+33

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Encore une fois, la nuit se commence. Je me retrouve à nouveau crucifiée aux forces nocturnes tel le Christ sur sa croix, ou Ishtar, pendue à un clou lors de sa descente aux Enfer. Toute les nuits, je vois approcher cette forme noire, aux contours féminins, les yeux rougeâtres me fixant dans mon immobilise, abusant de mon corps meurtri, viol journalier qui me déchire dans tout mes orifices, et les vidant par la suite telle une génisse ne se sentant plus, se libérant dans sa plus grande impudeur. Plus les nuits passent, plus je me sens soumise à une obscurité qui me transforme un objet sexuel comme le firent les femmes adoptant l’épilation intégrale, transformant leur pubis en un sex-toy sans âme, complètement désincarné, en faisant des petites filles artificielles forçant les membres de la partie masculine de l’humanité à puiser dans leurs instincts pédophiles pour les satisfaire, femmes enfants ne comprenant pas la dégradation de l’image de la femme, elles qui, pourtant, y contribuèrent en acceptant de supprimer la meilleure partie de leur anatomie. Gloire à mes poils, vu que je comprend, au plus profond de mon être, que ces poils pubiens que la nature, par sagesse, m’attribua, me protègent de cette masse sombre qui passerait le cap de la nécrophilie avec un plaisir non feint. Je me réveille, en général, en état de tachycardie, de bouffées vasomotrices me transformant en tomate pas fraîche, un éveil confusionnel se faisant par un courant électrique me donnant des convulsions et un mouvement de jambes sans repos, me faisant ressembler à une grenouille reproduisant l’Origine du monde de Gustave Courbet dans une version scatophile et urophile, un jet puissant me faisant ressembler à une Manneken pis au féminin. J’en ai plein le fion de ces nuits de solitaire, ou la terreur s’immisce sous des draps que je ne possède pas. Ma fente en saigne d’effroi. Seigneur, vous qui ne m’avez jamais vu dans vos lieux de célébration, libérez moi de cette angoisse qui hante mon âme et me vide comme une truie et me réduit à un néant risquant de basculer dans une folie fatale. Pater noster, qui es in coelis, Sanctificetur no­men tuum, Adveniat regnum tuum, Fiat vo­luntas tua, sicut in cae­lo et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. Et dimit­te nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Et ne nos inducas in tentatio­nem. Sed libera nos a malo. Amen. Je vais mourir…

 J+40

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Aujourd’hui, je me sens mieux. Neville dit que j’ai passé les derniers jours à délirer, prise dans une démence hallucinatoire. Mais ça va, j’ai puisé dans mes ressources mentales la force pour me reconstruire. Après tout, on dit, on disait, que je suis l’une des réincarnation d’une fille des Ages Farouches. Je me sens comme la sublime actrice Kitty Swan qui, dans la période sixties-seventies, se spécialisa dans les rôles de Jungle Girls, errant entièrement nue dans la jungle où elle faisait respecter la loi dans deux films contant les aventures de Gungala, avant de ne voir sa carrière prometteuse brisée lors du tournage de son second Tarzan, victime d’un accident de plateau dont elle ressortira gravement brûlée, devant mettre un terme prématuré à sa vie d’actrice, elle qui incarna si bien la femme sauvage se retrouvant condamnée à subir moult greffes de peau rendant son existence d’actrice, pourtant si enthousiasmante, voué à un oubli injustifié. Peut être que la vie n’est rien d’autre que cela : une naissance pleine d’espoirs auquel fait suite une série de drames plus ou moins graves, voyant tout ce que l’on aime, les lieux, animaux, amis, familles, disparaître les uns après les autres, au fur et à mesure, pour, enfin, nous laisser seul dans la solitude au terme de notre voyage sur Terre, condamné à ne plus être qu’un souvenir en passe de tomber dans l’oubli. Je me souviens de ces lieux que je fréquentais, de cette famille qui parfois agace, parfois réjouit mais qui participe aux moment joyeux de l’existence, de ces endroits comme les écoles où l’on ne voulait pas aller mais que, pourtant, on en vient à regretter les années au fil du temps passant. Peut être dois-je prendre comme une bénédiction le fait d’être celle qui fermera une fois pour toute la porte de l’humanité. Je vais faire en sorte que la vie animale et végétale puisse perdurer le plus longtemps possible après mon existence, que les machines ne s’éteignent plus, avec l’espoir que les reliques de la vie puissent, un jour, sortir de cette arche et faire repartir l’émanation qui fera que l’existence de la planète n’ait pas été vaine. Comme disait la chanson : « T’en va pas, Si tu l’aimes, t’en va pas, Papa si tu l’aimes dis-lui, Qu’elle est la femme de ta vie vie vie, Papa ne t’en va pas, On peut pas vivre sans toi, T’en va pas au bout d’la nuit, Nuit tu me fais peur, Nuit tu n’en finis pas… » Je veux vivre !

 J+42

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(Silence)

FIN

Les photos servant d’illustration (et d’inspiration) représentent Yefrosinia photographiée par Khopkins (Zemani).

 



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